Crédit photo : Sape commejamais

Crédit photo : Sape commejamais

A Vincent Moissennet Santi, il l’ a fait !

C’est l’histoire d’un mec qui était sur le ring de la salle Leyrit à Nice, il y a quelques heures de cela et qui a repoussé un peu plus les codes habituels de ce que l’on peut voir sur le ring. C’est finalement l’histoire de Johny Tancray, inusable, indomptable qui était en mode « coq bataye » si cher aux boxeurs réunionnais devant un public séduit puis médusé par ce qu’il a fait.

C’est l’histoire d’un boxeur qui n’a jamais accepté le conformisme et qui a démontré qu’à 45 ans, le temps pouvait être un atout. Et quel atout ! Il fallait vraiment le voir pour le croire, le voir étouffer son adversaire, renverser l’épreuve de force et aller jusqu’à envoyer un Seamanut au tapis dans la cinquième reprise, touché dans son orgueil et dans sa chair. Car le thaïlandais, robuste, limite dans le clinch ne s’attendait certainement pas à ces cinq rounds là. Il n’avait pas prévu cette abnégation et cette rage de vaincre qui habite le réunionnais au physique longiligne. Il faut dire que Johny n’entre pas dans les critères conventionnels de ce que peut offrir le ring. C’est un guerrier dans l’âme empreint du respect total de l’adversaire. Pour vous décrire Johny Tancray, je vais vous offrir une petite anecdote. L’homme dort peu et finalement, la nuit, il a collé les affiches du Nice Fight Night 6 aux quatre coins de la ville de Nice. Il a vécu l’événement dans son ensemble, participant à la mise en place difficile d’une soirée pieds-poings. A travers ces actes, il fédère autour de lui un public venu de tous les horizons. Ce qui explique l’émotion forte qui régnait dans l’enceinte ! Comment ne pas aimer un tel boxeur, comment ? C’est un exemple pour toutes les générations pour ce qu’il fait sur et en dehors du ring. Hier soir, cette salle chauffée à blanc par un Mourad Buffer des grands soirs, a littéralement communié avec son champion qui a plusieurs fois arrangué le public à donner plus, toujours plus pour le galvaniser d’avantage.

img_0773S’il a le sens du spectacle avec des entrées dont il a le secret, sa plus grande force est cette humilité dont il fait preuve à chaque instant. Elle transpirait dans sa boxe à chaque coup qu’il a donné. Il n’y a pas de haine chez Johny mais une envie de bien faire dans les règles de l’art. Il la voulait tant cette ceinture qu’il aurait été difficile, voir impossible, pour lui de ne pas la remporter. Lorsque l’on sait que c’est un choix de sa part de prendre un thaïlandais, champion en titre, il est plus aisé de comprendre son cheminement. Johny ne se ment pas, à une époque où l’on est de moins en moins regardant sur le nom de l’adversaire, l’important étant le sacre même s’il est fade.

Ce titre de champion du Monde, le réunionnais peut le savourer. La Réunion que dis-je, la France entière peut s’enorgueillir de cette ceinture qui a pris tout son sens hier soir. Johny Tancray est un ambassadeur fantastique de la boxe thaïlandaise made in France. La Réunion est un exemple du vivre ensemble en France et hier soir, Johny a également amené de ça. L’osmose entre toutes les personnes présentes était réelle et sincère, c’est dire l’aura du bonhomme.

Mais finalement son histoire, c’est également l’histoire d’un autre mec qui s’appelle Xavier Lafaye. Coach, ami, frère d’arme, promoteur, Xavier et le Kimé Dojo font partie de ce succès. La boxe, pieds-poings ou non, est le seul sport individuel qui se gagne en équipe. Ces deux-là avaient préparé le game plan parfait et pour cela, il faut être lié par le ring et au-delà. L’uppercut, il a été travaillé encore et encore pour devenir un geste si naturel qu’il mettra à mal Seamanut qui a boxé tout en puissance et en force, notamment en corps à corps. Mais finalement ce 4 mars 2017 ne pouvait être autrement que ce qu’il a été. La douleur et la souffrance ont ce mérite que de rendre les victoires plus belles, ce qui offre des instants d’émotion rare lorsque l’on aime vraiment ces sports. Fidèle à lui-même, Xavier a eût la modestie et cette réserve qui est la sienne au moment de la consécration. Mais tout de même, qu’elle est belle cette image des deux hommes qui se sont tombés dans les bras !

Une certitude, il y aura un avant et un après Johny Tancray car cette prestation est inscrite dans les annales du pieds-poings. Adepte du corpus sanus, spiritus sanus si cher aux romains de l’antiquité, Johny était, est et sera un homme de défi, un compétiteur qui ne recherche que le challenge encore et toujours. On nait boxeur, on ne le devient pas ! Le ring fait partie intégrante de son ADN et s’il peut savourer cette victoire fantastique, Johny peut sereinement poursuivre sa quête. Ses prochains opposants sont clairement avertis !

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