Frère d’armes !

A Fabrice Allouche Le ring cultive ce paradoxe : rapprocher les êtres après les avoir fait se battre. Le commun des mortels ne peut comprendre ça. Pour n’importe qui, il faut être fou pour franchir les cordes et cogner l’autre, celui d’en face que tu ne connais même. Mais après tout, ce n’est pas plus con que de courir à 22 après un ballon, la douleur en moins. La boxe pieds-poings ou non a ce pouvoir de transcender les êtres et leur faire repousser leurs limites au-delà du possible.

Moyen de subsistance, d’insertion, de reconnaissance, la boxe dans son appellation générique a bon dos mais il met à jour les tricheurs et ceux qui rêvent d’être. Et puis il y a ceux qui font, qui écrivent leur légende la vraie. Pas celle du clavier ! Non celle du sang, de la sueur, des larmes et la douleur. Celle de la défaite, celles des coups de l’adversaire venu pour la même chose, gagner parce que la place de 2 n’est pas la meilleure, monter les échelons de cette symbolique hiérarchie sportive, sacro-saint fil rouge d’un parcours jalonné d’obstacles. C’était sans aucun doute l’état d’esprit de Jean Charles Skarbowsky et Samir Mohamed magnifiés par Daniel Allouche, légende du micro parmi les légendes.

Ce soir de juin 2004, dans un zénith chauffé à blanc, Samir venait chercher le respect du grand public devant les caméras de Canal+ et toute la grande famille du pieds-poings était venue voir ce petit prince dont on parlait tant. Face à lui, un monstre destructeur bien installé sur le devant la scène pieds-poings privés de son muay thai, la France s’étant encore distinguée ce soir-là ! Skarboswky a cassé les jambes et les bras comme jamais, Mohamed a sorti le grand jeu avec ses retournés et son style aérien. C’était gagné dans le coeur du public ! Le résultat fait encore parler comme souvent dans les grands matchs mais finalement, une fois n’est pas coutume seul ce grand combat est resté dans les mémoires.

Tu en veux de la « guerre », de la bataille rangée version celui qui tombe ne se relèvera pas. Même perdant Jean Charles est sorti vainqueur. Imposant par son aura, il avait démontré qu’entre les cordes c’est à la dure et rien d’autres. Les stigmates qu’il a laissé à Samir sont autant de marques sur le visage d’un pugiliste aguerri. Vainqueur Samir l’a été au-delà du ring. Avoir le respect d’un champion de la trempe de son opposant c’est être reconnu par Zidane quand tu joues au PSG. Samir arrivait de sa province natale en conquérant et pour conquérir il a fallu y aller et y laisser des plumes. Avec le Zénith debout, l’opération séduction a fonctionné !

Les deux hommes sont à jamais des frères d’armes, liés par un lien presque mystique qui échappe aisément à ceux qui ne connaitraient pas ces instants humains, terriblement humains. Cet instant est resté gravé dans les travées du Zénith mais aussi dans la mémoire de ceux qui étaient-là dans une chaleur épouvantable. Les voir bras dessous-dessous, c’est faire montre du respect que ces gladiateurs du monde moderne véhiculent. Nous sommes loin, finalement très loin de ce que beaucoup considèrent l’ultra-communication comme une évolution. C’est plutôt une régression les annonces n’étant pas toujours suivies suivies d’effets. Tout s’est déroulé entre les cordes ce soir de juin et l’amphithéâtre a vu passer bien des spectacles, il reste à jamais marqué par celui-ci.

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