De la pratique à la théorie : portrait de Raphael CHAPELLE

En lien avec des passionnés, coachs, athlètes combattants de toutes disciplines, LIDF ne promotionne personne : toutes les vérités sont bonnes à dire, aucun parcours n’est exemplaire, rares sont les fédérations ou promoteurs qui n’ont pas commis des erreurs… Toutefois, les rédacteurs du site évoluent dans le milieu pugilistique français d’assez longue date pour arrêter quelques impressions positives et, lorsqu’il s’agit de trouver un thème à aborder, de se tourner vers des personnes reconnues pour leur savoir faire.
Aujourd’hui, via le portrait de Raphaël CHAPELLE (Boxing Club Montalbanais, 82), nous souhaitions vous amener à découvrir un parcours de vie où l’activité sportive confine à une éthique et un véritable mode de vie.
S’il a été dit que la Savate Boxe Française est pour certains « le seul art martial européen », alors c’est bien d’un maître dont nous parlerons…
Titulaire du Brevet d’Etat 2èm Degré de Savate Boxe Française, Brevet d’Etat de Boxe Anglaise, Moniteur de Savate Défense, il est aussi Entraineur National Adjoint de l’Equipe de France de Savate. De ces qualifications, le garçon retire une vraie réflexion sur son sport et sur les activités physiques et sportives. Sports d’endurance, préparation mentale, pratique de l’assaut comme du combat, sans prétentions mais avec passion Raphael CHAPELLE évoque son parcours pour, au cœur de l’intersaison, trouver toutes les raisons de s’entrainer dur pour préparer la rentrée sportive !

raph chapelleQuel est ton vécu pugilistique exact ? Qu’est ce qui t’a conduit à intégrer après ta carrière l’enseignement puis plus tard l’encadrement de l’équipe de France de Savate BF ?

J’ai débuté la savate comme souvent par un heureux hasard : une pratique en UNSS de boxe anglaise, un déménagement dans un bourg où seule la Savate B.F était présente et un ami surmotivé ont forcé le destin !
Le club de Chevigny St Sauveur de la périphérie Dijonnaise et Yves Vincent que je suivrais dans la création du club de Quetigny, en 1988, m’ont accueilli et dirigé en janvier 1987. Après tout s’enchaine assez vite, 1er assaut en mars 1987, 1er stage en aout 87 (Vichy), Gant d’Argent Technique en 1988 et GAT 2ème dégré en 1989. En parallèle je passe les tests pour rentrer au Centre permanent d’entrainement et de formation de vichy sous la houlette de Marc Bregere, j’y serais résident jusqu’à mai 1992.
Durant cette période je serais vice-champion de France juniors et finaliste de la coupe de France de style dans la catégorie super léger.La spécificité du C.P.E.F permettait de poursuivre ses études ou de suivre le cursus de formation Brevet d’Etat d’Educateur Sportif : je me suis engagé dans cette voie et j’ai décroché 2 Brevet d’Etat 1er degré, un en Savate, l’autre en Activité Physique pour tous et un Brevet de Sauveteur aquatique. Je fais ensuite une longue pause consécutive à un service militaire de 22 mois au 27éme Bataillon de chasseur alpin d’Annecy
Officiellement je reprends la compétition en 1996 et je rencontre Pascale Soncourt qui me propose la formation BEES 2ème degrés de Savate et d’intégrer ce qui sera l’équipe technique fédérale, (notamment avec Christophe Neuville).
Les années 96 et 1997 me voient remporter les titres de la Coupe de France de Style a cette période je suis mon propre entraineur et en terme d’entrainement nous ne sommes que 2 compétiteurs dans ma structure (le bonjour amical à Cédric Faydi qui boxe alors avec moi !).
Je me rapproche alors de l’entraineur toulousain Franco Di Guglielmo puis pour préparer le championnat Honneur, je participe en parallèle au championnat de Kick Boxing que je gagne en classe B à Marseille : pour être sûr d’avoir des adversaires je suis inscrit dans deux catégories en -de 75kg et – de 79kg !

Nathalie Barril Liot et Raphael Chapelle

Nathalie Barril Liot et Raphael Chapelle

En 2000, je suis obligé de faire le choix entre le championnat honneur et le championnat technique avec la 1er Coupe du Monde « Assauts » qui se profile : j’opte pour l’objectif international et remporte cette compétition.
Suite à l’obtention du Brevet d’Etat 2ème degré, j’ai continué à m’occuper du club de Montauban et de Cahors, j’ai aussi intégré un Centre Educatif Renforcé puis un Centre Educatif Fermé en tant que professeur d’EPS.

Tout cela impulse une dynamique et une reconnaissance locale, certiains des athlètes que je forme sont récompensés d’un statut de sportif de haut niveau, quelques uns intègrent le Pôle France de Toulouse. Mon expérience de la préparation mentale (méthode énergétique global du corps) m’a permis de me spécialiser dans cette discipline et ainsi de conduire des séances orientées pour les compétiteurs.
J’ai toujours cherché a développé ce qu’on appelle aujourd’hui le « double projet » des athlètes de haut niveau : une carrière sportivement et un objectif professionnel, je pense que ça reste pour moi une grande réussite !

Comment as tu construit ton parcours sportif post combats ? Quelles sensations as tu trouvées en Trail / VTT, etc… ?

L’articulation de ces activités avec la pratique de la boxe s’est imposée naturellement, étant mon seul entraineur pendant 2 années et avec un nombre restreint de sparrings (de bonne qualité mais peu nombreux), j’ai cherché à contourner le problème et à trouver un substitut de préparation.
Mes deux années chez les chasseurs alpins ont développé un goût pour l’alpinisme et les sports de pleine nature. Tout naturellement je me suis servi de ce que je connaissais et je l’ai adapté (peut être pas dans les règles de l’art de la préparation scientifique)…mais de façon à ne pas me dégouter de la pratique boxe, tout en travaillant physiquement et psychologiquement.
Il m’est arrivé de partir sur des treks seuls mais je préfère la pratique de groupe. Le trail est une pratique que je découvre et j’y suis arrivée plus par défi que par réflexion analytique ! Même si on peut jouer le chrono à son niveau de pratique sur des petites distances, je reste dans la finalité où on passe la ligne en groupe dans les grands défis.
Par contre le VTT, la randonnée montagne, le ski de randonnée ont toujours fait partie de ma préparation : c’est un moyen de sortir de la salle de boxe, de partager des moments différents. A l’arrêt de la compétition, ce sont des pratiques qui étaient déjà ancrées dans mon mode de fonctionnement.Remarquons bien que les sport de pleine nature et les boxes ont pour points communs la prise de risque et la mise en danger de son intégrité physique !
On retrouve là des sensations et des émotions proches si on pratique en groupe… Un coach doit avoir une confiance établie avec les boxeurs et partir sur une course montagne encordée avec une ou deux autres personnes nécessite aussi une confiance établie. Dans tous les cas, on doit fonctionner avec une forme de symbiose, on compte les uns sur les autres.
Ensuite, pourquoi un boxeur monte sur ring, pourquoi on gravit une montagne… je ne sais pas ! Mais pourquoi ne le ferait-on pas si on en retire une satisfaction intrinsèque !

raph chapelle , margot bouyjou, christophe neuville

raph chapelle , margot bouyjou, christophe neuville

Quelle perception as tu des sports de salles et/ou de la musculation ? Est ce devenu un apport incontournable pour un coach en sports de combats ?

C’est une question intéressante et polémique ! Certains diront que c’est incontournable d’autre diront que l’on peut s’en passer a minima. Pour ma part je répondrai par une réponse de normand : « oui c’est devenu incontournable de se préparer, non la salle de musculation n’est pas incontournable. »
Le paramètre essentiel reste l’athlète : l’entraîneur a une multitude d’outils qu’il peut utiliser en fonction du moment, de l’individu, de son objectif…. Et souvent il est confronté à des modes ! L’histoire nous apprend que des préparations du début du XXème siècle (souvent dépourvues de fondement scientifique) sont considérées comme inappropriées de leur temps… mais actuellement utilisées et reconnues par le monde scientifique !
Je pense qu’en matière de préparation, il faut savoir garder une certaine distance permettant d’inclure le paramètre humain dans sa globalité (voir ses motivations, ses intérêts, ses appétences…).
Nous sommes aussi dans un sport à catégorie de poids où le travail avec des charges peut provoquer une prise de masse et par incidence obliger l’athlète à s’astreindre à un régime alimentaire qui peut à son tour avoir un impact sur les capacités musculaires…. L’entraineur doit adapter l’ensemble de ses outils en fonctions de l’athlète.

En vulgarisant tes connaissances, que conseillerais tu pour l’été à un pratiquant de sports de combats qui voudrait performer ensuite sur l’ensemble de la saison ? Quelles les bases selon toi d’une planification réussie ?

Je reprends ce que j’ai dit plus haut, l’important pour moi reste l’athlète, son environnement socioprofessionnel et l’objectif à atteindre.
Pour un athlète qui souhaite performer sur un championnat national avec un objectif en Mai /Juin, j’orienterai le sportif vers une pratique synergique voir ludique. Cette activité à double entrée augmentera la capacité de l’athlète sur un domaine précis physiologique (endurance, résistance) en pariant sur ce que l’on appelle les « bénéfices retardés » à plus ou moins 4 mois et vérifiables par test simple.
Je proposerais des pratiques avec un faible pourcentage de risques de blessures et qui pourraient renforcer la relation « entraineur /entrainé », sans pour autant tomber dans un forme de dépendance psychologique, une fois par semaine.
Dans le même temps on pourrait travailler sur de nouveaux apprentissages techniques ou technico tactiques avec un module permettant à l’athlète de s’autonomiser dans ces domaines, 1 à 2 séances semaine.
En 3ème temps une analyse vidéo permettant de faire le lien entre ces préparations et la préparation mentale, qui peut être articulé avec la séance précitée.Comme je l’ai dit, la préparation réussie est une préparation où on inclut l’athlète au centre du cycle, en prenant en compte en priorité les éléments impondérables : « Qui il est ? Ce qu’il veut ? Sa disponibilité ? Son activité professionnelle ? »
Ensuite on peut appliquer une recette quasi toute faite si on peut garder à l’esprit que l’on ne maitrise jamais tous les paramètres et que par conséquence une préparation physique idéale peut être un coup de chance ou utopique, mais ce qui est sûr c’est qu’elle produit de la performance ! Retenons qu’une bonne préparation prévoit de combler les points faibles et d’améliorer les points forts mais surtout de permettre diverses prises de conscience à l’athlète.
Enfin, la préparation mentale reste un point important. Dans une préparation globale on pourrait rapidement oublier l’enjeu et la mise en danger de son intégrité physique : je pense sincèrement que nous sommes loin des prémices d’une compréhension globale des paramètres cognitifs et associés. Et souvent par ignorance ou par méconnaissance, on a tendance à délaisser cette préparation spécifique.

raph chapelle , margot bouyjou

raph chapelle , margot bouyjou

La préparation mentale semble être le parent pauvre du coaching sportif, peux-tu nous en parler ?

En tant que praticien en « méthode énergétique globale du corps » j’ai été interpellé par des athlètes qui souhaitaient soit mieux se connaitre soit travailler sur la maitrise de leurs émotions. J’ai donc dépassé le cadre des sports de combats et même du sport. Ce paramètre interpelle aussi le monde de l’entreprise et de l’enseignement.
Comme je le soulignais, ce n’est pas un parent pauvre mais un parent peu connu ou méconnue. On pourrait citer un nombre considérable de personne qui suite à une incapacité ont développé des adaptations physiologiques… Cela est riche d’enseignements, et on voit là que la préparation mentale peut servir, puisque c’est bien ta question !
Comme je la propose ce n’est pas seulement une recette applicable à tous, c’est avant tout un moyen de se connaitre, d’admettre ensuite puis on travaille sur le fond en « alignant » le physique et le mental. Les émotions (la peur, la confiance…) peuvent être soit motrice soit inhibitrice.
L’esprit peut quant à lui être le réservoir d’une incroyable source de compétences souvent ignorées. En débloquant les verrous inhérents aux blocages émotionnels , on pourrait réellement optimiser une préparation physique.
Une des problématiques de la préparation mentale réside dans le fait même que l’on associe cela soit avec une faiblesse humaine soit à du mysticisme… Beaucoup de préparation mentale font référence à la médecine chinoise ou à la philosophie de vie et cela n’est pas malheureusement quantifiable en terme de « bénéfices », les uns attendent un « miracle » les autres s’interrogent sur une pratique « placebo ».
Ce qui est observable c’est que depuis peu le haut niveau y a recours et que même sans test, il est vérifiable que la préparation mentale semble produire de la performance.

En lien avec le thème précédent, quels sont les entraineurs qui ont marqué ton parcours ? Ceux qui ont nourri tes réflexions sur le sport ?

Yves Vincent qui restera le premier entraineur, celui que l’on a l’impression de tromper quand on va dans un autre club, qui dépasse le cadre de la salle et que l’on consulte pour des affaires privées. Avec ceux là, la relation développée et de l’ordre de la symbiose, sans pour autant tomber dans la dépendance affective. Celui sans qui rien n’aurait commencé et qui est à l’origine de tout, un membre de la famille par reconnaissance ou comme le décrivent les plus spirituels un esprit frère.
Marc Bregere, qui m’a marqué par sa simplicité d’enseignement, son implication et une incroyable humanité. Un entraineur qui pour moi avait bien15 ans d’avance sur la globalité de l’enseignement de la performance.
Franco Di Guglielmo : il a la capacité à visualiser l’athlète en terme de performance, à déterminer une adaptation de son enseignement dans ses moindres détails, toujours à l’écoute toujours disponible et d’une incroyable précision, avec une grande pugnacité.
Je mentirais si j en ‘ajoutais pas que j’ai été marqué par l’encadrement fédéral et plus précisément de l’équipe de France Assaut, ainsi que par ma rencontre avec Pascale SONCOURT.

En ce qui concerne ce professeur passionné, il paraissait utile de finir avec le point de vue d’un élève !
Merci à Yoann PIGE (Quintuple champion de France Militaire, Champion D’Europe et Champion de France Technique 2013 et membre de l’équipe de France) qui a écrit quelques lignes à propos de son coach : « Raphael te demande avant tout de réfléchir. Il te donne des clefs, et il t’apprend à t’en servir : pour lui, un bon boxeur c’est celui qui s’adapte à ses adversaire et qui un jour peut boxer sans son coach. L’avoir dans son coin, ce n’est pas de tout repos mais il a un oeil qui vaut de l’or. Ce qui me parait marquant, c’est qu’il met à la même enseigne tous ses élèves, coach avec le même intérêt un cadet en assaut ou une finale internationale : il s’adapte à chaque fois à son élève.
Il met aussi l’ambiance en compétition, avec lui c’est de grand moment. de rires en dehors des gymnases mais beaucoup de professionnalisme dès que l’on en passe la porte. Mon plus beau souvenir avec lui reste ma finale des Championnats d’Europe en Bulgarie en 2013, un adversaire compliqué et un titre à l’issue, une récompense pour moi mais aussi pour lui car c’est clairement un travail d’équipe que nous avons mené. Je ne peux plus m’entrainer avec lui car j’ai du déménager sur Paris pour le travail mais je le remercie pour le parcours fait ensemble. Je ne dois pas être le seul à penser cela de lui car en équipe de France, tous les entraîneurs sont bons mais quand il y a des leçons individuelles, on a intérêt à faire la queue car les boxeurs aiment passer entre ses paos ! »